L'histoire de Monaco est, avant tout, celle d'une seule famille accrochée à un seul rocher depuis plus de sept cents ans. Peu de dynasties au monde ont tenu le même lopin de terre aussi longtemps que les Grimaldi tiennent le Rocher de Monaco.
Grecs, Romains et un rocher ligure
Le promontoire était connu dans l'Antiquité. Des colons grecs de Massalia (Marseille) y auraient fondé un comptoir, et le nom est souvent rattaché à un temple d'Hercule Monoecus — Hercule « le solitaire ». Les Romains utilisaient le port naturel, et tout au long du Moyen Âge la côte fut une frontière disputée entre Gênes et ses rivaux. En 1215, les Génois bâtirent une forteresse sur le Rocher, et c'est cette forteresse, bien des fois remaniée, qui subsiste aujourd'hui sous la forme du Palais princier.
1297 : le moine à l'épée
La légende fondatrice est irrésistible. Dans la nuit du 8 janvier 1297, François Grimaldi — membre d'une famille guelfe exilée de Gênes — se serait présenté aux portes de la forteresse déguisé en moine franciscain, y serait entré, puis se serait emparé de la place avec une troupe de soldats cachés sous leurs robes. L'image d'un moine brandissant une épée figure encore sur les armes des Grimaldi, soutenues par deux frères. Le Rocher changea plusieurs fois de mains dans les décennies troublées qui suivirent, mais la revendication des Grimaldi date de cette nuit-là.
De la seigneurie à la souveraineté
Au fil des siècles, les Grimaldi consolidèrent leur emprise, achetant la seigneurie de Monaco et acquérant les villes voisines de Menton et Roquebrune. Monaco navigua dans la dangereuse politique de ses grands voisins en se plaçant tour à tour sous la protection de l'Espagne puis de la France. En 1612, le seigneur de Monaco prit pour la première fois le titre de Prince, et un traité de 1641 avec la France confirma la souveraineté de la principauté sous protection française.
Révolution, annexion et un pays rétréci
La Révolution française balaya Monaco : la principauté fut annexée à la France en 1793 et les Grimaldi dépossédés, leur palais transformé en hospice. La famille fut rétablie en 1814, mais les bouleversements n'étaient pas terminés. En 1861, par le traité franco-monégasque, le prince Charles III céda Menton et Roquebrune — qui formaient l'essentiel du territoire monégasque — à la France, en échange d'une somme d'argent et d'une garantie de souveraineté. D'un coup, Monaco perdit la majeure partie de son territoire et de son économie d'agrumes. Il fallait trouver un nouveau moyen de survivre.
L'invention de Monte-Carlo
La réponse fut le tourisme et le jeu. Avec l'appui de Charles III et le génie financier de François Blanc, la Société des Bains de Mer (SBM) fut créée en 1863 pour exploiter un casino et des hôtels de luxe sur les hauteurs arides au-dessus du port — un quartier baptisé Monte-Carlo (« mont Charles ») en l'honneur du Prince. L'arrivée du chemin de fer amena l'aristocratie et les nouveaux riches d'Europe ; le Casino de Monte-Carlo et l'Hôtel de Paris devinrent synonymes de glamour, et les recettes du jeu furent telles que Monaco supprima l'impôt sur le revenu des résidents en 1869. La principauté moderne — une station de luxe fondée sur la discrétion, le spectacle et une fiscalité favorable — était née.
L'époque moderne
Le XXe siècle apporta une constitution écrite (1911, révisée en 1962), le Grand Prix de Monaco (couru pour la première fois en 1929) et le long règne, transformateur, du prince Rainier III (1949-2005), surnommé le « prince bâtisseur » pour les terre-pleins et la modernisation qui remodelèrent le pays.
Une constitution et une crise
La constitution de 1911 mit fin au pouvoir absolu, et la constitution de 1962 — toujours en vigueur — consacra les libertés fondamentales et partagea le pouvoir législatif avec un Conseil National élu. Elle naquit d'une période tendue : en 1962-63, Rainier III affronta un bras de fer fiscal avec la France, qui installa brièvement un poste de douane et menaça la principauté à propos du traitement des intérêts français. Les conventions bilatérales qui en résultèrent rendirent les Français imposables par la France tout en préservant le régime monégasque pour tous les autres — le compromis qui sous-tend encore les finances du pays.
Grace Kelly et la scène mondiale
Le mariage de Rainier avec la star hollywoodienne Grace Kelly en 1956 — « le mariage du siècle » — scella la place de Monaco dans l'imaginaire mondial. Sa mort soudaine dans un accident de voiture sur la corniche en 1982 fut un traumatisme national encore vif aujourd'hui. Au fil des décennies d'après-guerre, Monaco réinventa aussi son économie au-delà du casino, courtisant la banque, les congrès, l'industrie légère et le tourisme à l'année.
Monaco aujourd'hui
Depuis 2005, la principauté est dirigée par le fils de Rainier et Grace, le prince Albert II, qui a orienté Monaco vers le leadership environnemental et la protection des océans, tout en perpétuant la vieille habitude de gagner du terrain sur la mer — récemment avec l'éco-quartier Mareterra, achevé dans les années 2020. C'est le dernier chapitre d'une très vieille histoire : un petit rocher qui a survécu à l'annexion, à la révolution et à l'ascension et la chute de voisins bien plus grands, et qui refuse simplement d'être ordinaire.




