La maison Grimaldi est l'une des plus anciennes familles régnantes d'Europe, et à Monaco elle n'est pas une institution lointaine mais le cœur vivant de l'identité nationale. Le Prince est chef de l'État, le palais est le centre symbolique du pays, et les joies comme les drames de la dynastie se jouent sous le regard du monde depuis des générations.
Le prince Rainier III, le prince bâtisseur
Rainier III régna de 1949 à 2005, l'un des plus longs règnes d'Europe au XXe siècle, et sans doute le plus déterminant de l'histoire moderne de Monaco. Il hérita d'une principauté encore très dépendante de son casino et entreprit de la diversifier — encourageant la banque, l'industrie légère, le tourisme et les congrès. Sous son règne, Monaco s'agrandit littéralement : le quartier de Fontvieille fut gagné sur la mer dans les années 1960 et 70, ajoutant près d'un cinquième à la superficie du pays. Il réforma la constitution en 1962, partageant davantage le pouvoir avec un Conseil National élu, et défendit la souveraineté de Monaco lors d'un bras de fer fiscal avec la France. On se souvient de lui comme du prince bâtisseur.
Grace Kelly : la princesse venue de Hollywood
En 1956, Rainier épousa la star américaine Grace Kelly, oscarisée au sommet de sa gloire, lors d'un mariage suivi par près de 30 millions de personnes. Devenue la princesse Grace, elle se consacra aux arts, à la bienfaisance et à l'image d'un Monaco moderne et cultivé, fondant des institutions culturelles et offrant à la principauté un glamour inégalé. Sa mort dans un accident de voiture sur la corniche, en 1982, fut une tragédie nationale ; elle repose, avec d'autres membres de la famille, dans la cathédrale de Monaco, où sa tombe sobre est toujours couverte des fleurs laissées par les visiteurs.
Le prince Albert II
Leur fils, Albert II, accéda au trône en 2005. Sportif passionné, ayant participé à cinq Jeux olympiques d'hiver en bobsleigh, il a fait de la protection de l'environnement et des océans la signature de son règne, à travers la Fondation Prince Albert II de Monaco et la voix diplomatique de Monaco sur le climat. En 2011, il épousa l'ancienne nageuse olympique sud-africaine Charlene Wittstock, désormais princesse Charlene ; leurs jumeaux, le prince Jacques (prince héréditaire et héritier) et la princesse Gabriella, sont nés en 2014.
Caroline, Stéphanie et la famille élargie
Les filles de Rainier et Grace, la princesse Caroline et la princesse Stéphanie, demeurent des figures publiques de premier plan, longtemps incontournables de la société européenne et, parfois, de ses tabloïds. Caroline a tenu le rôle de première dame de Monaco lorsqu'il n'y avait pas de princesse consort, et elle est mécène des arts et du célèbre Bal de la Rose. Mariages, baptêmes et anniversaires de la famille élargie rythment le calendrier national.
Le prince héréditaire et la succession
L'héritier présomptif est le prince Jacques, marquis des Baux, qui — bien que né deux minutes après sa sœur jumelle Gabriella — a la priorité selon les règles de succession à préférence masculine de Monaco. Assurer la lignée directe était d'importance nationale : selon les traités avec la France, la continuité de la dynastie Grimaldi est liée à la souveraineté même de Monaco, ce qui explique que les naissances de 2014 furent saluées par 42 coups de canon.
Titres, armes et cour
Au-delà de la principauté, les Grimaldi portent une longue liste de titres historiques — dont celui de duc de Valentinois — et entretiennent une petite cour. Les armes losangées rouge et blanc de la dynastie, soutenues par deux franciscains armés, et la devise Deo Juvante, figurent partout, des grilles du palais aux documents officiels. La vie publique de la famille est scrutée par la presse internationale, fardeau moderne que les Grimaldi partagent avec les autres maisons royales d'Europe.
Le palais et la fête nationale
Le Palais princier, sur le Rocher, demeure la résidence officielle de la famille, ses Grands Appartements ouverts aux visiteurs en saison, et la relève de la garde par les Carabiniers du Prince dans la cour d'honneur est un rituel quotidien, vers 11h55. Chaque 19 novembre, la principauté célèbre sa Fête nationale (Fête du Prince) par une messe, un Te Deum, un défilé militaire et un feu d'artifice — l'expression annuelle la plus claire du lien entre les Grimaldi et le pays qu'ils gouvernent, contre vents et marées, depuis plus de sept siècles.
Une dynastie sous le regard du public
Les Grimaldi vivent plus publiquement que presque toute autre famille au monde, et l'histoire de la dynastie moderne a eu sa part de romances, de rivalités et de rumeurs étalées dans les magazines du monde entier. Pourtant, l'institution s'est révélée d'une remarquable solidité : chaque génération renoue le lien de la famille avec la principauté par la bienfaisance, la culture et le sport. Le mécénat des arts de la princesse Caroline, l'action humanitaire de la princesse Stéphanie — notamment auprès des arts du cirque et contre le sans-abrisme — et la fondation environnementale du prince Albert prolongent tous l'idée, cultivée depuis Grace Kelly, que les Grimaldi ne sont pas seulement les souverains de Monaco mais ses ambassadeurs les plus visibles. Pour un pays dont la principale exportation est son image, ce rôle est une forme de gouvernance en soi.




